Exposition « Normes Corps » au Palais de Tokyo

Mercredi 3 septembre 2026 – ACCUEIL de la classe CPES-CAAP G. EIFFEL

Curateur : Guillaume Désanges, assisté de Léna Kemiche

Dans un prolongement du travail que mène le Palais de Tokyo autour de l’inclusion, de la santé mentale et globalement de la reconnaissance des différences comme enrichissement, cette saison interroge positivement les notions de vulnérabilité, de fragilité, de handicap et d’écarts par rapport aux normes pour proposer des expériences artistiques qui bouleversent les idées reçues.

Benoît Piéron & Clap clap nail club

Plus précisément, c’est la notion de validisme qui est ici à l’œuvre : ce système qui établit, par des critères physiques et psychologiques une hiérarchie entre les corps, entre ceux dits « normaux » et ceux jugés « anormaux ». C’est dans la contestation de tels standards que réside la puissance subversive du handicap : un espace qui interroge les fondements d’une société cristallisée dans un idéal de performance, de vitesse, d’autonomie, de productivité immédiate et de dépassement de soi – et qui, à l’inverse, revendique la différence, la dysfonction, l’interdépendance, l’attention et l’esquive. Dans l’art, ces considérations dessinent une esthétique qui élargit les cadres de la représentation et échappe aux carcans de la beauté ou du goût.

Les étudiant.e.s de la CPES-CAAP Eiffel 2026-27 accompagnée de notre médiatrice du Palais de Tokyo

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Vernis à OmbresBenoît PIÉRON

« J’existe dans un état vaporeux. Je suis vraiment des paillettes en suspension. » C’est depuis ce sentiment de flottement que Benoît Piéron imagine Vernis à ombres. Partant de son expérience de l’hôpital et d’une cohabitation avec la maladie, l’artiste française crée des représentations autres des espaces, des corps et des affects qui y sont liés. Salles d’attente et laveries hallucinatoires, gyrophares tamisés en veilleuses, spectacles de lumières stroboscopiques filtrant sous une porte d’hôpital : il dilate des lieux familiers par une pratique du détournement où se mêlent sculpture, installation, et gestes issus des loisirs créatifs et de la culture DIY (do it yourself).

Les AmbassadeursJESSE DARLING

Par des gestes à la fois simples, minimaux et spectaculaires, les sculptures et installations de Jesse Darling (lauréat du Turner Prize en 2023) révèlent les récits clandestins qui hantent les objets, matières, formes qui peuplent nos vies quotidiennes. Travaillant en priorité avec des matériaux industriels, des objets usagés ou des rebuts prélevés autour des lieux où il expose, il les assemble en compositions insolites, reliques hybrides ou paysages fantastiques, en accentuant les marques du temps sur leur état physique, entre épuisement et dégradation, comme pour en souligner la fragilité et la précarité.

STUDIO, WOUNDS AND BATTLES, DESIRE IS THE REITERATION OF HOPE –Cathy de MONCHAUX

Première rétrospective de Cathy de Monchaux, figure majeure de la scène artistique britannique à travers un ensemble d’une cinquantaine d’œuvres datant de 1984 à aujourd’hui. L’exposition nous tiraille entre désirs et dangers épidermiques, réunissant des dessins techniques, des archives d’œuvres détruites, des sculptures et installations.

Son travail plus récent surgit en bas-relief comme un imaginaire en contre-jour, figé entre l’urgence de l’éblouissement et la panique envahissante dans un univers fractal : les lianes sont des racines qui sont des corps qui sont des âmes qui sont des luttes qui pourraient aussi être des empreintes à panser. Composées comme des peintures de batailles, il y est question aussi de profondeur et de nouvelles perspectives, en creux.

On y retrouve des armées de licornes qui renvoient très directement à l’œuvre la plus ancienne de l’artiste, toujours présente dans son atelier comme un totem protecteur, qu’elle avait réalisé alors étudiante. Un squelette comme une armature, en souvenir traumatique d’un accident de voiture où l’artiste a failli mourir, suivi d’un accident de son cheval. On pourrait penser qu’à cet instant précis s’est dessiné son imaginaire blessé, où toujours des structures soutiennent autant qu’elles attachent, oppressent.

Pauline CURNIER JARDIN & Feel Good Cooperative, Le Colonne della Colombo, 2023, photographie. Performance commissionnée par LOCALES dans le cadre d’If Body 2023 (Rome)

Intitulée « Virages Vierges », l’exposition personnelle de Pauline Curnier Jardin prend pour point de départ la notion de déviation, voire de déviance : le virage comme sortie de la ligne droite, abandon de la trajectoire stable au profit de l’incertitude et des chemins de traverse. À l’image de ses narrations fragmentées, l’œuvre de l’artiste se construit dans des zones de trouble où fiction, rituel et documentaire s’entrelacent sans hiérarchie.