Mardi 22 septembre 2026 -Journée d’études




https://www.labiennaledelyon.com















Directrice artistique : Isabelle Bertolotti
Curatrice invitée : Catherine Nichols
« Passer d’un rêve à l’autre / To pass from one dream to another », titre principal de la 18e édition de la Biennale d’art contemporain, s’inspire des traboules — ces passages singuliers qui traversent cours et immeubles lyonnais — pour interroger la manière dont on passe d’une perception à une autre, d’un rêve collectif à un autre. Lyon, ville carrefour du commerce et de l’industrie, devient le point de départ d’une réflexion sur l’économie, ici entendue comme l’ensemble des processus par lesquels des êtres interdépendants acquièrent, transforment et font circuler ce qui soutient leurs existences.
S’appuyant sur les écrits de Walter Benjamin et les Principes d’économie poétique de Robert Filliou, Catherine Nichols conçoit un projet situé entre critique et invention. Là où Benjamin montre comment le capitalisme produit un rêve collectif dont il s’agit d’interrompre la continuité, Filliou propose d’expérimenter d’autres formes d’économie à travers des pratiques artistiques et sociales. La Biennale de Lyon s’attache ainsi à ces moments où l’évidence du présent se fragilise et où d’autres imaginaires deviennent possibles.
Déployé sur plusieurs sites emblématiques de Lyon, le parcours articule des dimensions entrelacées : l’industriel aux Grandes Locos, le relationnel au Musée des Tissus et des Arts décoratifs, et l’existentiel au macLYON. L’économie y est envisagée au-delà de sa dimension monétaire : elle inclut les formes d’attention, de soin, de relation et d’imagination qui structurent la vie collective.
Conçue comme un passage, la Biennale invite à parcourir la ville autrement et à expérimenter d’autres manières de faire et de penser l’économie.



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par Catherine Nichols
(…) Passer d’un rêve à l’autre, titre principal de cette édition, s’inspire du Passagen-Werk (Le Livre des passages, 1927–1940) du philosophe et théoricien culturel allemand Walter Benjamin. Dans ce vaste fragment, un « théâtre de toutes [ses] luttes et de toutes [ses] idées »¹, Benjamin interroge la manière dont les environnements urbains — et en particulier les arcades parisiennes — façonnent les rêves collectifs et les expériences de la société. Il aborde les arcades comme des espaces-seuil où le monde-rêve de la modernité devient lisible. Dans ces passages, où persistent les traces de vies passées, de mouvements oubliés et de travaux invisibles, l’histoire ne se déroule pas comme un processus continu mais apparaît dans des moments d’arrêt — de brèves constellations dans lesquelles ces structures profondes se révèlent soudainement. « Chaque époque, » écrit-il, « rêve non seulement la suivante, mais en rêvant, précipite son propre éveil»².
C’est une quête également inspirée par un moment en 1976 : l’économiste et artiste français Fluxus Robert Filliou s’entretient avec la critique d’art allemande Irmeline Lebeer sur les origines de ses Principes d’économie poétique. Son « traité » économique, raconte Filliou à Lebeer, est né de ses expériences artistiques des années 1960, qui cherchaient à provoquer une transformation sociale par le biais de stratégies artistiques. Durant cette période, il en était venu à la conclusion qu’une révolution dans les structures économiques devait précéder tout changement social profond et durable. Il estimait que si les réalités matérielles demeuraient inchangées, si les problèmes systémiques restaient intacts — crises énergétiques, capitalisme extractif, inégalités de distribution, mesures d’austérité et inégalités salariales — toute avancée sociale en matière de droits, de représentation ou de justice ne serait que superficielle et éphémère. Les affaires continueraient, tout simplement, comme avant³. (…)









Le MacLYON



