Rencontre avec Claire BUISSON

Workshop Corps-paysage -mardi 6, mercredi 7, jeudi 8, et vendredi 9 septembre 2022

Chercheuse, chorégraphe, et enseignante, Claire Buisson est Chargée de l’Éducation artistique et culturelle au Centre National de la Danse à Pantin. Depuis 2017, elle est coordinatrice d’IMAGINE, un programme pour des femmes de Seine Saint-Denis qui propose une panoplie de pratiques chorégraphiques, somatiques, et culturelles qui tourne autour de l’idée que « prendre soin de soi est une manière de se saisir des soucis du monde ». Claire nous a parlé de la possibilité d’observer le mouvement autour de nous, la « respiration des choses », l’évolution d’IMAGINE et de l’espace que ce projet crée pour les femmes.

By Elaine KONOPKA The attentive BodyPublié dans – Body Talks on octobre 12th, 2019

https://elainekonopka.com/fr/claire-buisson/

The Attentive Body : Votre enseignement est basé sur une approche « transversale » – regarder le réel de manière chorégraphique. Comment encourager les gens à développer dans leur quotidien un regard qui inclue le corps et le mouvement ? Est-il possible d’appliquer cet enseignement à quelqu’un qui ne s’identifie pas forcément comme chorégraphe ou artiste ?

Claire Buisson : Tout à fait. C’est en tout cas mon approche et ma « revendication ». J’ai notamment enseigné auprès d’étudiants en archi et en design. Et même en enseignant à des danseurs, ce qui m’intéresse, c’est de les faire sortir de la danse, c’est-à-dire que le corps et le mouvement existent aussi hors de la danse et de ses codes. (…)

Je pense qu’il suffit simplement d’observer le mouvement dans l’environnement quotidien urbain avec une conscience chorégraphique : le mouvement de masse dans le métro, les corps qui marchent dans la rue, les bâtiments et les objets… Cela crée déjà une « respiration » dans notre présence quotidienne.

TAB : Et le béton ? Les bâtiments ? Je vois plus difficilement le mouvement, là…

CB : Pour moi le paysage, même sans corps, peut aussi être un paysage organique. Il y a deux choses. D’une part, la qualité du regard que je vais porter sur les bâtiments et l’architecture. Le regard peut être tactile et kinesthésique ; il modifie alors ma perception du réel, même le réel bétonné. D’autre part, il y a du mouvement partout : celui de la lumière qui va modifier les volumes perçus du bâtiment par exemple, d’un oiseau qui va passer devant le bâtiment et, par son mouvement, modifier le paysage… Cet été, j’étais en résidence au Mexique. Nous avons réalisé une vidéo autour de ruines d’usines. Et justement, nous avons fait des plans fixes, comme des photos, et là, toujours surgissait à un moment une sensation de mouvement à l’image : une branche d’arbre qui bouge, un papillon qui passe, ou même simplement le mouvement de notre perception. (…)